Castors, loutres, tortues cistudes… les berges du bassin versant du Vistre regorgent d’espèces intéressantes. A la fois, bénéficiaires de la revitalisation des cours d’eaux et acteurs fondamentaux de la vie rivulaire, cet écosystème surveillé de près est en pleine évolution.
Les inventaires naturalistes
A l’occasion des inventaires naturalistes, les différentes espèces sont identifiées, l’importance de leur présence et leur nombre sont évalués, la présence d’espèces protégées est précisément notée. Différents suivis sont régulièrement réalisés :
- la qualité de l’eau par le conseil départemental du Gard, l’Agence de l’Eau et l’EPTB Vistre Vistrenque,
- le suivi piscicole par la Fédération de pêche du Gard,
- le suivi de la biodiversité des cours d’eau par l’EPTB Vistre Vistrenque.

Que comporte le suivi écologique d’une rivière ?Au sein du lit de la rivière (le lit mineur), sont observés et étudiés : – la qualité chimique et biologique de l’eau : présence de microorganismes, invertébrés et plantes aquatiques, – les poissons (suivi piscicole), – la morphologie du cours d’eau, c’est-à-dire l’étude des formes du lit de la rivière : érosions, dépôts de sable et graviers. Dans l’emprise plus large (le lit majeur), sont étudiés : – les habitats : prairies, forêts, herbiers aquatiques…, – les espèces végétales (la flore), – les espèces animales (la faune). |
La biodiversité qui revient sur les sites revitalisés
Malgré une qualité de l’eau médiocre, il est important de remarquer que la valeur patrimoniale des sites revitalisés peut être importante. Celle-ci varie fortement et semble logiquement corrélée à l’âge du site, à sa rapidité de cicatrisation et au développement de la ripisylve.
Dans les premiers temps post travaux, le terrain fraichement remanié par les opérations de décaissement laisse la place aux espèces pionnières et robustes qui prolifèrent et entraînent la banalisation des habitats et des niches écologiques. Cette situation est transitoire et peut être bénéfique. En effet, la formation de mattes végétales denses comme les massifs de jussie situés à l’interface entre la berge et l’eau peuvent jouer efficacement leur rôle de piège à sédiment et participent à créer des risbermes, remodelant naturellement le lit d’étiage du cours d’eau. Une fois que la strate arborée est suffisamment fournie, le recouvrement de ce cortège inféodé aux milieux très ensoleillés se réduit au profit d’autres peuplements plus diversifiés et adaptés aux biotopes naturellement clairsemés. Une ripisylve bien structurée et en bon état permet enfin d’assurer la diversification des habitats rivulaires (chevelus racinaires, sous berges, litières végétales, embâcles) et donc de favoriser la capacité d’accueil générale du site pour la biodiversité.
Vistre à Bouillargues
Le site revitalisé de Bouillargues est effet remarquable à plusieurs titres.
Tout d’abord, les résultats des inventaires faune et flore mettent en exergue la forte patrimonialité du secteur qui est exceptionnelle au cœur de la plaine très anthropisée des abords de Nîmes (les espèces patrimoniales recensées sont la loutre d’Europe, la cistude d’Europe, l’émyde lépreuse, le castor d’Europe, la mulette méridionale…). La forte densité d’espèces inféodées aux milieux aquatiques et rivulaires peut s’expliquer par le fonctionnement hydromorphologique spécifique du site qui tend vers l’écosystème originel de référence (cours d’eau lent en contact avec une plaine humide). La présence du castor au sein du site renforce la présence de nombreux bras d’annexes hydrauliques au sein d’une large bande hydratée fréquemment connectée au lit du cours d’eau et permet le développement d’une végétation hygrophyle dense et particulièrement adaptée à la régulation de la température de l’eau et de l’air durant l’année (une différence de près de 20 °C entre un site sous la végétation et un site limitrophe ensoleillé a été mesuré en plein été) tout en jouant un rôle potentiellement significatif sur la rétention de l’eau nécessaire au soutien d’étiage et l’écrêtage des épisodes de hautes eaux en hiver. La zone d’expansion de crue au sein de cette large bande arborée peut aussi servir de piège à embâcle efficace.

Etat initial (en haut à gauche, EPTB Vistre Vistrenque), puis photos du site 2024 (aquascop)
Buffalon au Lycée agricole de Rodilhan, Canabou à Marguerittes
Malgré leur petite taille, ces 2 sites revitalisés montrent une biodiversité intéressante, 20 ans (Buffalon) et 10 ans (Canabou) après les travaux, une morphologie restaurée et une rétention de l’eau dans le paysage renforcée.
Ces effets bénéfiques sont cependant limités par la faible emprise foncière sur le Buffalon et par un linéaire court restauré sur le Canabou (500 m environ).
Le Buffalon au Lycée Agricole à Rodilhan : transformation d’un fossé (2003, eptb vv) en une rivière vivante (2024, photo aquascop)

Le Buffalon au Lycée Agricole à Rodilhan : transformation d’un fossé (2003, eptb vv) en une rivière vivante (2024, photo aquascop)

Le Canabou à Marguerittes : le fossé (2012, eptb vv) redevient une rivière à méandres (2024, aquascop)
Le Vistre revitalisé sur les communes de Nîmes, Milhaud, Bernis et Aubord
Le site revitalisé en 2015/16 est intéressant notamment par sa taille (4,6 km de cours d’eau revitalisé sur 30 ha d’emprise foncière). Grâce à ce linéaire, une certaine autoépuration s’opère sur le linéaire permettant de réduire les concentrations en phosphore et en azote. L’indice des invertébrés est proche du bon état en aval de ce tronçon. Le cours d’eau a une morphologie intéressante qui est favorable à la vie aquatique. Il serait intéressant d’améliorer la connexion des mares et des anciens bras avec le Vistre pour favoriser la rétention de l’eau dans le paysage.
Le Vistre revitalisé entre Nîmes et Caissargues
La revitalisation la plus récente est celle du Vistre entre Nîmes et Caissargues.
Une sinuosité importante a été donné au Vistre, sur une emprise foncière de 20 ha. La biodiversité revient rapidement sur le site. Notons la présence de plusieurs espèces patrimoniales ainsi qu’une colonisation végétale spontanée du lit de la rivière.
La gestion future du site va être adaptée pour favoriser davantage la rétention de l’eau au sein du site qui est une condition pour une reconquête écologique équilibrée.